Décret du 31.03.47 – J.O. du 29.01.48

Après le 6 juin 1944, des centaines de jeunes rejoignent les groupes de résistance qui se forment. Les maquis intensifient leurs actions. De nombreux accrochages ont lieu avec pertes de chaque côté.
Face à cette recrudescence de l’agitation « terroriste » les occupants mobilisent leurs moyens. Alors que la division SS « Das Reich », en repos dans le sud-ouest, tente de se frayer un chemin vers la Normandie, certaines forces sont laissées sur place. Ordre leur est donné d’organiser la protection des communications menacées par l’action maquisarde.
Tous les éléments restant dans la région de Toulouse sont formés en unités d’alerte pour combattre les terroristes et lancer d’importantes opérations de nettoyage.
C’est ainsi qu’est donné l’ordre à ces unités d’atteindre BETCHAT (Ariège) où le maquis détient quatre prisonniers. BETCHAT considéré par les Allemands comme point névralgique de l’expédition, et d’agir aussi contre les populations des bourgs et villages de la région de Saint- Martar situé le long de la RN 125, accusés d’apporter une aide constante aux organisations rebelles.
Voilà pourquoi, dans l’aube pluvieuse du 10 juin, les forces du 3e Bataillon du régiment Deutschland foncent sur la RN 125.
Au niveau de CAZERES le bataillon se scinde en plusieurs colonnes. La 10e Cie, composée de 7 camions et 2 voitures ont déjà fait 6 victimes, quand elle arrive à l’entrée de Marsoulas, petit village de 110 habitants, cultivateurs et réfugiés, tous gens paisibles.
Elle fait halte, devant une ferme isolée, pour se renseigner sur la présence éventuelle de maquisards. Réponse négative et après avoir visité la ferme, le convoi repart.
Arrivé à proximité de l’église le convoi est attaqué par deux hommes faisant partie du maquis de BETCHAT. Tirs et lancement d’une grenade du toit de l’église. Riposte allemande immédiate : l’un des deux hommes est abattu, l’autre réussit à s’enfuir.
Furieuse, croyant avoir été trompée, une partie de la troupe retourne vers la ferme et abat froidement les occupants : le père, la mère (qui survivra à ses blessures), les deux filles de 17 ans et 13 ans et un ouvrier agricole.
Les SS, fous de rage, se ruent sur les maisons du village. D’abord sur celle du Maire, la plus proche. Il est absent. Sa famille est là : grand-mère, beau-frère, sœur, neveux (21 et 10 ans), nièce (18 ans). A part le jeune Paul CARENAVE, terrorisé, qui réussit à se cacher sous la toiture, toute la famille est massacrée.
Tout au long de leur progression dans le village, la furie sanguinaire, l’horrible tuerie se poursuit. Vieillards, enfants ne sont pas épargnés. Un bébé de 3 mois, arraché à son berceau, est tué d’une balle dans la tempe. Deux jumeaux de cinq ans, encore dans leur lit, subissent le même sort.
Puis le carnage cesse, les SS se contentant de lancer des grenades en direction des dernières maisons et se livrent au pillage.
En moins d’une heure la barbarie nazie avait déferlé sur ce paisible bourg. Ont été assassinés, fusillés : huit hommes, six femmes et quatorze enfants, soit près du tiers de la population de Marsoulas. La victime la plus âgée avait 59 ans, la plus jeune 3 mois.
Quelques familles ayant entendu les tirs et les explosions ont pu s’enfuir et se cacher dans les bois environnants. D’autres auront échappé à la mort grâce à la présence, dans les SS, d’Alsaciens incorporés de force.
Après ce haut fait d’armes accompli contre une population sans défense, la colonne se regroupe et démarre en direction de BETCHAT. Le maquis alerté par les tirs et les explosions a fait évacuer le village. Des victimes seront néanmoins à déplorer. Les SS pilleront le village, se gavant de victuailles volées, s’enivrant de boissons trouvées dans les maisons.
MARSOULAS, ORADOUR, noms que nous associons dans nos mémoires puisque le martyr de ces deux villages eut lieu le même jour, le 10 juin 1944. Des éléments de la même division « Das Reich » en furent les auteurs, les uns en marche vers le front de Normandie, les autres encore maintenus dans la vallée de l’Ariège. Le lourd et douloureux tribut qu’elle a apporté à la Libération vaut à Marsoulas de s’inscrire de droit dans l’Histoire des communes martyres et marque de son nom un vibrant témoignage de foi patriotique.
